Assemblée générale de Regards d’enfants, 29 juin 2026
Mesdames, Messieurs,
Chers membres, partenaires et amis,
Le rapport moral est un exercice obligé, mais il n’a rien d’un exercice pénible. Au contraire, dirais-je, il nous oblige. Il nous oblige au sens propre à rassembler nos idées, à faire un point sur le chemin parcouru, il nous oblige aussi à envisager les itinéraires que nous souhaitons poursuivre collectivement.
Il nous oblige aussi au sens figuré. Il nous oblige vis-à-vis de nos partenaires et vis-à-vis de nous-mêmes à l’introspection et au questionnement, sur nos valeurs et leur accomplissement. En ce sens, je crois qu’il constitue un moment important pour poser notre regard sur notre démarche.
En 2025, Regards d’enfants a consacré son concours annuel des droits de l’homme à la photographie, avec « photographie les droits de l’homme ». Photographier, c’est poser son regard. Aussi je souhaite que ce rapport moral nous offre un instantané de notre association, un cliché d’elle à un moment donné qui puisse nous aider à projeter notre regard au-delà du temps présent.
1. le sens et l’actualité de notre engagement
Notre association est née de la volonté d’une femme, Brigitte Kahn, qui avait chevillé au cœur le désir de transmettre aux jeunes les valeurs universelles des droits de l’homme. Elle a su fédérer autour d’elle des gens compétents et passionnés, et je vourais souligner que beaucoup d’entre eux sont encore membres, aujourd’hui de l’association. C’est à la fois le signe de leur fidélité à la femme exceptionnelle qu’était Brigitte, mais cela montre aussi que son entreprise était suffisamment solide pour lui perdurer.
Brigitte n’aura pas connu les affres que notre monde affronte depuis plusieurs années, avec la guerre en Ukraine où des enfants continuent d’être enlevés à leurs parents et embrigadés par la Russié, avec le 7 octobre 2024 qui a vu tant de trop jeunes gens être exécutés ou violés alors que la nuit s’annonçait être une fête, puis la guerre à Gaza, au Liban, au Soudan, en RDC, où tant de vies prometteuses sont laminées par la violence des armes et la négation des droits.
Dans ce contexte plus que délétère, où les partis d’extrême-gauche et d’extrême-droite rivalisent de propositions populistes, où les discriminations racistes, antisémites ou sexuelles, se renouvèlent à la façon d’une hydre dont aucun programme éducatif ne viendrait jamais à bout, où la désinformation déstabilise profondément notre démocratie, notre mission demeure hélas plus urgente que jamais.
Je veux le réaffirmer dès à présent. L’action de Regards d’enfants, qui consiste à promouvoir les valeurs républicaines de respect de l’autre, reste fondamentale. Elle n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans un océan de noirceur, mais goutte-à-goutte nous pouvons faire changer la couleur de l’océan.
2. Instantané sur l’année écoulée
L’année 2025 confirme la belle vitalité de notre association, d’autant plus remarquable qu’elle repose sur un noyau dur d’une dizaine de personnes. L’engagement et le dynamisme d’Alain, de Christine et de Guy, épaulés par Thérèse, Anne, Eve (et tous les autres) ont permis de mener de nombreuses actions de sensibilisation et d’éducation aux droits humains, à la citoyenneté et à la mémoire auprès de publics variés.
Celles-ci forment le socle de notre association, et reposent sur plusieurs piliers mis en place dès le départ, qui restent solides :
- Les animations fondées sur notre Jeu respecto nous ont permis de travailler avec plusieurs établissements scolaires (écoles élémentaires comme Langevin à Cronembourg ou collèges, comme Schwendi d’Ingersheim), mais aussi avec des Centres socioculturel comme celui du Galet à Hautepierre. Le Lieu d’Europe, qui est un partenaire important de notre association, a également accueilli plusieurs séances du jeu. Cette diversité nous donne l’opportunité de toucher des élèves de centre ville tout comme ceux issus des QPV.

2. L’activité Chausse tes baskets des droits de l’homme.

3. Le Concours international des Droits de l’homme : consacré comme je l’ai dit à la photographie, il a mis en concurrence des établissements de toute la France, notamment de Seine-Saint-Denis. Pap N’Diaye nous a fait l’honneur de présider notre jury et l’a installé très chaleureusement dans sa résidence d’ambassadeur de France auprès du CoE. Les travaux des lauréats, remarquables, nous ont marqués par leur créativité et leur sensibilité.

4. Nos Jardins des droits de l’homme comptent un nouveau venu : il y a presqu’un an jour pour jour nous inaugurions celui de la CTS, réalisé avec l’Ecole Paul Langevin de Cronembourg, dans l’enceinte du siège social de la CTS. Une manière d’associer le monde du travail et celui de l’école, autour de la thématique structurante du droit à se déplacer, à être respecté, mais aussi à rêver (en regardant le paysage par la fenêtre du tram).

5. La transmission de la mémoire a constitué un axe fort de l’année passée, avec la traditionnelle cérémonie au Jardin de la Mémoire à Rothau.

Mais notre association a su renouveler ses modes opératoires, pour se donner de nouveaux horizons, satisfaire le besoin de changer un peu les habitudes pour nos bénévoles, et surtout toucher de nouveaux publics
Saisissant en 2024 l’opportunité de Strasbourg, Capitale mondiale du Livre, nous avons développé des séances de lecture autour des ouvrages de notre merveilleux parrain, Tomi Ungerer. Face au succès remporté par ces lectures, nous avons renouvelées cellex-si en 2025, notamment au Musée Tomi Ungerer, dans le cadre de la Nuit des musées, ainsi que dans différents établissements. La présence dans notre CA de Thérèse Willer est à cet égard un atour précieux, puisqu’elle peut former nos personnels.

De la même façon, s’inscrivant dans la continuité de l’hommage rendu chaque 27 janvier à Rothau aux déportés des camps nazis, nous avons pu mettre en avant notre association lors de la conférence-témoignage de Mme Simone POLAK sur sa déportation à Auschwitz, dans une salle de l’Aubette bondée.

Enfin, dans la thématique des jardins, nous avons innové en construisant le Banc de l’Amitié à l’École Branly.

Sur notre photo instantanée de Regards d’enfants en 2025, nous voyons donc une association fidèle à elle-même et n’hésitant pas à inventer. Nous voyons aussi un portrait de groupe, car notre association n’est pas seule. Elle compte une multitude de partenaires institutionnels qui lui font confiance et que nous remercions, parmi lesquels le Lieu d’Europe, Horizons Amitiés, le CIC, la CTS, la Fondation René Cassin, le CIDH, le Mémorial national de Natzweiler, le Conseil de l’Europe, l’ASPTT, le rectorat, bientôt peut-être le Groupement des pairs aidants (addictions, précarité, santé mentale)… Elle est invitée à rendre part chaque année à des événements récurrents comme Educap City, le Mois de l’Autre, le Forum de la démocratie.
Bien sûr, à l’arrière-plan de notre photographie, se distinguent aussi des défis et des problèmes, notamment le difficile renouvellement des adhérents et le vieillissement de ceux qui nous accompagnent depuis les débuts (et des autres aussi, nous sommes égaux face au temps qui passe !). Renforcer notre visibilité nationale et internationale est complexe, d’autant que notre petit nombre nous empêche de multiplier les actions. Mais je voudrais me concentrer sur le premier plan, sur les réussites que nous avons engrangées, et qui résultent de l’engagement d’un collectif de bénévoles formidable, aidés par un non moins formidable jeune en service civique.
3. Devant nous, une année particulière : bientôt 20 ans
L’année prochaine, Regards d’enfants célébrera ses vingt ans d’existence. Notre conseil d’administration souhaite marquer cette étape par un événement exceptionnel, réunissant enfants et adules, d’ici et d’ailleurs, dans la musique et dans la joie, pour rendre hommage aux fondateurs et à tous ceux qui ont contribué à l’association, mais aussi pour remercier les bénévoles, partenaires et soutiens.
Au-delà de cet événement dont nous aurons l’occasion de reparler, j’aimerais que cette perspective soit l’occasion pour nous tous d’envisager notre avenir. Le monde change. L’an dernier, certains de nos compagnons de route ont pris leur retraite (je salue JM Augé), d’autres ont disparu (je salue Jean-Pierre Wacker qui nous a quittés le 24 octobre dernier). Les habitudes des jeunes évoluent, avec un primat des réseaux sociaux qui est un défi pour les droits de l’homme. Notre association garde son ambition intacte, consolider ses acquis, mais doit s’adapter au monde qui vient.
Nous pourrions par exemple envisager de nous ouvrir davantage aux adultes, pourquoi pas via une série de conférences annuelles « Les droits de l’Homme, un jeu d’enfants ? », placée sous notre égide et consacrées à des thèmes aussi variés que Tomi Ungerer, la place des enfants dans la guerre, les réseaux sociaux et les jeunes, la présentation d’un auteur ayant travaillé sur tel ou tel cas etc.
Les idées ne manquent pas, et notre album photo devient très épais. Je vais le refermer à présent, en gardant en mémoire une image parmi d’autres de l’année écoulée. Celle du 8 mars 2025, journée des droits des femmes, où je fus invitée en tant que présidente à animer la discussion avec Simone Polak, rescapée d’Auschwitz. Ce fut un moment poignant et en même temps magnifique. Bien sûr, on parle d’enfer, de violence inique, de mise à mort. Mais dans ce contexte de destruction, on voit les déportés déployer une capacité invraisemblable à voir ce qui fait humanité. Simone raconte que, dans le camp, auprès de ses camarades d’infortune, « un seul regard permet de se sentir un peu moins seule ».
Un seul regard.
Ce n’est pas pour rien que notre association porte le nom de « Regards d’enfants ». Le regard, c’est la liaison réciproque avec l’autre. C’est, en soi, une expression de notre altérité et de notre égalité.
Je tiens à remercier chaleureusement les bénévoles pour leur engagement, les membres du conseil d’administration, nos partenaires publics et privés, les établissements qui nous accueillent et l’ensemble des adhérents qui nous accordent leur confiance.
Grâce à vous tous, nous pouvons porter notre regard loin en avant, pour les 20 prochaines années !
Frédérique Neau-Dufour
Présidente
